lundi 10 mars 2014

Bouygues Telecom pourrait céder son réseau à Free mobile

A l'heure où Bouygues Telecom s'est placé sur les rangs pour le rachat de son concurrent SFR, l'annonce aurait de quoi surprendre. Son P.D.G. Olivier Roussat vient en effet d'annoncer que son groupe avait entamé des négociations avec le quatrième opérateur français Free mobile pour ... lui céder l'intégralité de son réseau mobile, soit près de 15000 antennes-relais et les fréquences correspondantes.

Derrière ces annonces successives, qui présagent une restructuration profonde du secteur, se cache une stratégie concertée dans l'objectif de marquer des points par rapport à son seul concurrent Numericable pour la reprise du réseau SFR. En l'état, une fusion entre les deux opérateurs créerait en effet un nouveau poids lourd de la téléphonie, qui pèserait 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires et plus de vingt millions d'abonnés ; ce que l'autorité nationale de la concurrence, ainsi qu'elle l'avait clairement fait savoir, n'accepterait pas sans contreparties. L'annonce qui vient d'être faite par Bouygues Telecom va bien dans ce sens, et le message semble avoir été reçu par son président Bruno Lasserre, comme l'indique la fin de son entretien publié par Les Echos le 10 mars et accessible en bas de page.

La réalisation simultanée des deux opérations - fusion de SFR avec Bouygues Telecom et cession du réseau de Bouygues à Free - permettrait une redistribution des cartes que nombre d'acteurs de ce secteur d'activité appellent de leurs voeux. En effet, depuis l'ouverture du marché à un quatrième opérateur en 2012, la guerre des prix avait rogné les marges des industriels et entamé de fait leurs capacités d'investissement dans le réseau, ce qui avait conduit certains observateurs, parmi lesquels le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, à prôner un retour à un marché à trois. De son côté, la maison-mère de SFR, Vivendi, souhaitait recentrer ses activités vers la musique et la télévision ; et quelques mois après qu'elle ait officialisé la mise en vente de sa filiale téléphonie mobile, en septembre 2013, SFR et Bouygues Telecom avaient annoncé un accord portant sur la mutualisation d'une partie de leurs réseaux. Toutefois, l'offre de Numéricable est longtemps demeurée la seule, et Bouygues Telecom a attendu le dernier moment pour se porter candidat à son tour.

Le contenu des deux offres va être examiné dans un premier temps par un comité restreint avant que le conseil de surveillance de Vivendi ne rende son avis. Dans l'intervalle, les deux candidats se sont lancés dans des grandes manoeuvres de communication, déployant plus ou moins les mêmes arguments à même de leur octroyer les faveurs des instances de régulation de la concurrence et du gouvernement : maintien intégral de l'emploi, reprise de l'investissement dans les réseaux internet et mobile, amélioration des offres clients et de la qualité du service.

Seul point noir pour le consommateur,  la prévisible remontée des tarifs que la disparition d'un des quatre opérateurs, comme des exemples récents à l'étranger le montrent, fait craindre. Sur ce point, c'est probablement l'attitude de Free mobile qui sera déterminante. Dernière arrivée sur le secteur, la société de Xavier Niel avait fortement contribué à tirer les prix vers le bas en proposant une gamme d'offres low cost. Mise en difficulté par l'offensive de ses concurrents sur la technologie 4G, pour laquelle elle souffre d'un gros retard de déploiement, l'opportunité d'acquérir le réseau de Bouygues Telecom lui permettrait de revenir dans la course sur ce secteur stratégique, au prix d'un investissement estimé à 1,8 milliard d'euros : apparemment une bonne affaire, et en tout cas le sacrifice que Bouygues semble prêt à faire pour mettre toutes les chances de son côté pour remporter le morceau dans le dossier SFR.

Lire l'interview du P.D.G de Bouygues Telecom dans le JDD du 9 mars 2014.

Lire l'interview du président de l'autorité de la concurrence dans Les Echos du 10 mars 2014