vendredi 29 juillet 2016

Hypersensibilité électromagnétique : le rapport prédéfinitif de l'Anses en consultation publique


Après les rapports "Radiofréquences et santé" en octobre 2013 et "Exposition aux radiofréquences et santé des enfants" le mois dernier, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a mis en consultation publique en ligne son rapport prédéfinitif consacré à l'hypersensibilité électromagnétique. 

L'électrohypersensibilité avait précédemment fait l'objet d'un chapitre particulier dans le rapport Afsset de 2009 sur les radiofréquences ; l'Anses s'est cette fois autosaisie afin de mener un travail d'expertise collective spécifique sur cette question, avec pour objectif une clarification et une meilleure compréhension des mécanismes pouvant entrer en jeu dans la genèse des symptômes rapportés. Pour ce faire, elle a passé au crible l'ensemble de la littérature scientifique consacrée à ce sujet : au total, ce sont plus de 300 publications qui ont été analysées par le groupe d'experts en radiofréquences et santé de l'Agence. Parallèlement, ces derniers ont tenu à auditionner chercheurs, médecins (on note l'absence du Professeur Belpomme, pourtant sollicité par l'Agence, dans la liste des médecins auditionnés), représentants d'associations, afin de donner une information aussi complète que possible, compte tenu des manques constatés dans la littérature disponible et de la complexité du sujet. Le groupe de travail de l'Anses a également examiné les témoignages écrits de personnes EHS disponibles.

L'Anses a tenté dans un premier temps de faire le point sur une définition de l'électrohypersensibilité, ou "syndrôme d'hypersensibilité idiopathique attribué aux champs électromagnétiques" , s'appuyant sur les critères de diagnostic et de classification existants. Objet de controverse, la prévalence des cas d'hypersensibilité dans la population générale a été évaluée à environ 5% , sur la base des résultats d'une quinzaine d'études.

L'électrohypersensibilité regroupe un ensemble de symptômes peu spécifiques que l'Agence a recensés dans les travaux disponibles. Parmi ces symptômes dits "subjectifs", fatigue et troubles du sommeil sont les plus fréquemment cités, toutes études confondues, devant l'inconfort général, les maux de tête et les douleurs affectant une autre partie du corps. Leur prévalence est significativement plus élevée par rapport aux groupes témoins, quand ceux-ci existent.  L'absence de test biologique pouvant, en complément de ces éléments cliniques, être utilisé pour le diagnostic, est à nouveau pointée.

La revue des publications scientifiques a distingué les études descriptives portant sur le sujets EHS, les études de provocation (aux résultats très souvent négatifs, tant pour la capacité à détecter les champs électromagnétiques que pour l'apparition de symptômes ou signes biologiques spécifiques) et les travaux de recherche sur les hypothèses mécanistiques pouvant expliquer les symptômes. Aucune de ces hypothèses (stress oxydatif, composante génétique ou épigénétique, ou encore exposition aux métaux lourds) n'a pu être à ce jour confirmée. La composante psychique est jugée non négligeable : l'effet nocebo semble contribuer notablement au maintien de l'électrosensibilité, et les états dépressifs et anxieux sont plus fréquents parmi les EHS, pouvant toutefois en constituer la cause comme la conséquence. Les aspects sociétaux sont également détaillés, à travers les modalités de prise en charge, le rôle des associations ou le traitement médiatique. Les différents protocoles thérapeutiques et stratégies d'évitement utilisés sont enfin recensés.

Ce rapport prédéfinitif explore donc les pistes d'explication scientifique de ce syndrome et ne présente en l'état aucune conclusion ou recommandation. Celles-ci figureront dans sa version finale.

Le rapport sera en ligne jusqu'au 30 septembre 2016 ; les contributions peuvent être exprimées par toutes les parties prenantes via un formulaire dédié. La version finale de ce rapport reprendra en annexe les réponses apportées par l'Agence à ces contributions et pourra intégrer des données scientifiques complémentaires et des commentaires émis à cette occasion ; il devrait être publié dans le courant de l'année 2017.

Rappelons que la loi du 9 février 2015 relative à la sobriété, à la transparence, à l'information, et à la concertation en matière d'exposition aux ondes électromagnétiques, ou loi Abeille, prévoyait la remise au Parlement, par le gouvernement, d'un rapport sur l'électro-hypersensibilité, et ce dans un délai d'un an après sa promulgation (Titre 2, article 8).

Consultez le rapport pré-définitif "Hypersensibilité électromagnétique ou intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques"