mardi 21 juin 2016

Liens entre téléphonie mobile et tumeurs : premiers résultats d'une étude américaine


Il s'agit de données préliminaires issues de travaux de grande ampleur menés dans le cadre du National Toxicology Program, dont les résultats complets sont attendus fin 2017.

Les premiers résultats de ces travaux, mis en ligne le 27 mai (Report of partial findings from the National Toxicology Program carcinogenesis studies of cell phone radiofrequency radiation in Hsd: Sprague Dawley SD rats (whole body exposure)), vont dans le sens d'une association, chez des rats, entre l'exposition à des radiofréquences de 900 MHz, dans des modulations utilisées pour la téléphonie mobile, et l'apparition de certains types de tumeurs. Il s'agit des gliomes, tumeurs cérébrales déjà été associées à une utilisation intensive du téléphone portable dans plusieurs études épidémiologiques, dont l'étude Interphone, menée à grande échelle ; mais aussi de tumeurs cardiaques (schwannomes). L'apparition de gliomes a concerné autour de 3% des sujets des groupes exposés, indépendamment du niveau d'exposition, tandis que l'incidence des tumeurs cardiaques augmentait avec la dose d'exposition (jusqu'à 5%). Ces deux types de tumeurs sont rares et n'ont été retrouvés chez aucun animal témoin (non exposé). L'augmentation de l'incidence de ces tumeurs, quoique faible, pourrait avoir des conséquences importantes au regard de la taille de la population des utilisateurs de téléphones mobiles dans le monde, ce qui a justifié la publication de ces résultats partiels.

Ces travaux d'une ampleur inédite, qui ont bénéficié d'un budget avoisinant les 25 millions de dollars, ont porté sur des effectifs de grande taille (jusqu'à une centaine de sujets par groupe d'exposition), ce qui leur confère une puissance statistique élevée. La maîtrise des conditions d'exposition a été également soignée : de 1,5 à 6 W/kg corps entier, par séquences de 10 minutes renouvelées jusqu'à totaliser 9 heures par jour, depuis la phase in utero jusqu'à l'âge de 2 ans. Des niveaux d'exposition, soulignent déjà des voix critiques, largement plus élevés que ceux qu'engendre l'utilisation courante du téléphone portable par un humain, inférieurs à 1W/kg pour la plupart des modèles récents et localisés à la tête. L'absence totale de tumeurs chez les témoins, inhabituelle, le fait que seuls les mâles soient touchés, sans explication à ce stade, ou encore l'effet dose inexistant pour les gliomes, posent également question. Ceci, alors qu'il y a moins d'un mois, une équipe de chercheurs australiens constatait dans The international journal of cancer epidemiology l'absence d'aumentation de l'incidence des tumeurs au cerveau dans la population générale depuis les débuts du téléphone portable. En l'état, l'étude américaine met en avant une association statistique sans proposer de mécanisme biologique permettant de l'expliquer, ce qui, au minimum, devrait inciter les pouvoirs publics à renforcer les campagnes de communications sur les bons usages, comme l'utilisation des oreilllettes, et à donner davantage de moyens aux programmes de recherche sur le sujet.

En tout état de cause, ces premiers éléments semblent devoir être pris au sérieux par les plus hautes instances sanitaires. En fonction des résultats complémentaires, qui devraient être disponibles pour la fin de l'année 2017, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) pourrait être amené à réévaluer la classification des radiofréquences pour leur caractère cancérigène ; classées en catégorie 2B (cancérigène possible) depuis 2011, elles pourraient donc, le cas échéant, se voir requalifiées en 2A (cancérigène probable pour l'homme).

Accéder au rapport complet (en anglais)