Qu'appelle-t-on électro-hypersensibilité?

Alors que le développement des technologies utilisant ou émettant des ondes électromagnétiques s'accompagne, fort logiquement, d'une augmentation du niveau d'exposition de la population à ces ondes, la recherche sur leurs impacts sanitaires se poursuit, et le corpus scientifique disponible fait régulièrement l'objet de réévaluations tant en France qu'à l'international. Le dernier avis de l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) publié en octobre 2013 sur les radiofréquences a fait le point sur les effets sur la population générale ; toutefois, l'agence a choisi de traiter le sujet de l'électrohypersensibilité de manière séparée, et devrait rendre ses conclusions dans le courant de l'année 2015.

Le terme d'électro-hypersensibilité désigne une sensibilité particulière de certaines personnes souffrant de symptômes attribués à leur exposition aux champs électromagnétiques. Ces symptômes, peu spécifiques (fatigue, maux de tête, troubles dermatologiques...), apparaissent souvent progressivement avec une tendance à l'aggravation et obligent les sujets atteints à rechercher un éloignement des sources d'ondes, pouvant compromettre leur vie professionnelle et sociale.

Le précédent avis de l'ANSES sur cette question datait de 2009 et arrêtait qu'"aucune preuve scientifique d'une relation de causalité entre l'exposition aux radiofréquences et l'hypersensibilité électromagnétique n'a pu être apportée jusqu'à présent". Depuis, l'émergence de la parole de personnes déclarant souffrir d'hypersensibilité aux ondes électromagnétiques a suscité un nombre considérable d'articles tant dans la presse scientifique que dans les medias grand public. Alors que les champs électromagnétiques radiofréquences ont été classés comme cancérigènes possibles par l'O.M.S. en 2011, c'est plus spontanément les symptômes associés à l'électrohypersensibilité qui sont cités lorsqu'on évoque les effets sanitaires de ces champs. Et les pouvoirs publics ont lancé début 2012 une étude, dite étude Cochin, visant à évaluer un protocole de prise en charge de ces patients.

Ceci, alors qu'en l'état actuel des connaissances on ne sait ni définir un mécanisme d'action ni conduire de manière concluante des études de provocation qui permettraient de rattacher formellement les symptômes observés à l'exposition aux ondes électromagnétiques. En conséquence, la définition d'une personne électrohypersensible (EHS) est toujours celle d'une personne "qui attribue" ses problèmes de santé à l'exposition aux ondes électromagnétiques ; la nuance est d'importance et explique le retard de la France en matière de reconnaissance de la maladie par rapport à d'autres pays comme la Suède ou l'Allemagne.

 Différents types d'études ont été menés et ont abouti aux résultats suivants :

- les aspects cliniques ont été explorés : les symptômes les plus fréquemment décrits par les électrohypersensibles sont : maux de tête, douleurs diffuses, fatigue, troubles du sommeil ou de la concentration, picotements et échauffements cutanés, vomissements ... le tout avec des intensités très variables selon les situations et les personnes. Le caractère subjectif et mal quantifiable de la plupart de ces symptômes rend délicate l'harmonisation des méthodes de diagnostic.

- les études consacrées aux signes biologiques associés à l'EHS ont mis en lumière la stimulation de certains types cellulaires, mais les résultats obtenus par les différentes équipes de recherche ne sont pas convergents, pas plus que les tests fonctionnels par imagerie des structures crâniennes ou par ECG par exemple.

- la recherche de facteurs associés d'ordre psychique et social a révélé une plus grande prévalence de comorbidité psychiatrique chez les EHS, qui pourrait en être une cause tout autant qu'une conséquence.

- les études de prévalence ont abouti à des résultats très variables selon les pays et la méthodologie employée.

- les réponses à une « exposition provoquée » (test de provocation), dans la majorité des cas, ne se sont pas révélées concluantes, et dans certains cas un effet nocebo (apparition d'effets indésirables en absence réelle d'exposition) a été mis en évidence.

- différents essais de traitement et de prise en charge des patients ont été tentés : approches par protection physique vis à vis des rayonnements, thérapeutique cognitive, complémentation alimentaire, acupuncture, prise en charge globale ; aucune n'a permis d'obtenir des résultats véritablement probants.
 
Au final, la recherche scientifique a débouché sur peu de résultats convergents à ce jour et la (re)connaissance de cette maladie se heurte en premier lieu au manque de critères de diagnostic clinique (autres que l’association par la personne elle-même de ses symptômes à l'exposition aux champs électromagnétiques), et à l'absence de mise en évidence d'une relation de cause à effet établie. La multiplicité des sources auxquelles les malades sont confrontés constitue un point de difficulté supplémentaire pour une bonne caractérisation de l'exposition. Des pistes orientent vers l'intervention de facteurs neuro-psychiques individuels et des analogies avec les sensibilités chimiques multiples (SCM), un autre trouble associé à des expositions environnementales de bas niveau à des produits chimiques, ont aussi été notées.

Caractérisation précise des symptômes, études de prévalence et d'incidence, pathologies associées, formation des professionnels de santé : les carences tant dans le domaine de la connaissance que de la prise en charge ne manquent pas. Le travail d'expertise actuellement en cours à l'ANSES fournira une synthèse des connaissances actuelles et pointera les pistes de recherche à explorer de manière prioritaire. Les approches novatrices en matière de recherche sur l'hypersensibilité électromagnétique sont également un des axes prioritaires auxquels l'agence sanitaire accorde son soutien par le biais du programme national de recherche sur les radiofréquences.

Si le retard pour une reconnaissance de la maladie ajoute encore au sentiment d'isolement des personnes concernées, l'absence d'identification de lien de causalité ne doit pas conduire à mettre en doute la réalité de leur souffrance, et les situations de grande détresse occasionnées justifient que les pouvoirs publics se penchent sans attendre sur les réponses qu'il est possible de leur apporter. Une demande pressante concerne la création de "zones blanches", dépourvues d'infrastructures émettrices d'ondes électromagnétiques, où les EHS pourraient s'installer et sortir ainsi de leur isolement ; à l'heure actuelle, les rares secteurs propices sont recherchés en zone rurale (photo) et aucun projet n'a encore abouti en France.


Consulter le site des électrosensibles de France

Note de l'OMS sur l'hypersensibilité électromagnétique